 |
Pour cette 10ème randonnée
cycliste, Daniel Huet et Paul Guinet avaient décidé de frapper un
grand coup en proposant un parcours très européen du 20 au 24 août. Mardi
soir (19/08) Strasbourg Nous
sommes 48 pour dormir à l'auberge de jeunesse de Strasbourg. Tout le monde
est là sauf nos amis ukrainiens auxquels le visa Schengen a été
refusé. L'accueil est très chaleureux. Nous faisons connaissance
avec les uns et les autres. Pas facile quand on ne sait pas trop parler l'anglais
ou l'italien, mais la bonne humeur prend le dessus.  A
Strasbourg au moment du départ
Mercredi
(20/08) Strasbourg - Sarrebruck (135 km) C'est
le grand jour. Le Professeur Michel Pinget, directeeur du Centre Européen
d'Etude du Diabète et Monsieur Philippe Richet, président du Conseil
Général du Bas-Rhin, ainsi que des cyclistes de la région,
nous accompagnent. Le départ devant le Parlement Européen démontre
toute l'importance de la notion d'internationalisme que nous avons souhaitée
cette année. Ce matin, nous sommes 80 deux-roues à longer le
canal de la Marne au Rhin. A midi, nous prenons tous ensemble le repas au relais
des châteaux de Wingen sur Moder. Nous poursuivons vers le Nord, le long
de la frontière allemande pour atteindre Sarrebruck de l'autre coté.
La traversée des villages est superbe. Bob, notre Américain est
émerveillé. C'est son premier voyage en Europe et il apprécie
l'architecture et la nature locale ainsi que notre esprit, mélange d'aventures
et de grands calculs d'organisation. Nous sommes fatigués ce soir. Il
est tard, nous nous sommes un peu perdus dans Sarrebruck... et avons fait une
vingtaine de kilomètres en plus. Un bon repas, une douche, des bavardages
et au lit.
Sarrebruck (Allemagne)
Jeudi
(21/08) Sarrebruck - Luxembourg (116 km) Nous
avons rendez-vous avec la municipalité de Sarrebruck à 9h. Le maire
de Forbach ( en France de l'autre côté de la frontière) est
également présent. Tout cela est bien chaleureux. Envie de rester
? un peu mais il faut faire la route. Elle promet d'être un peu plus costaude
que la veille. Cela descend parfois, mais cela monte souvent aussi. C'est beau
en tous les cas et nous pédalons dans la bonne humeur. Il fait chaud, c'est
dur, mais nous le savions, non ? Après Saarfeld, nous empruntons la piste
cyclable. C'est plus calme. Bob prend des photos, il fait le rôle du chien-chien,
remonte le groupe, s'arrête, clic-clac, attend que tout le monde passe,
clic-clac encore, et repart pour une nouvelle remontée. Les dames semblent
le regarder émerveillées. Le déjeuner a lieu au Sport-Hôtel
de Dreislach, le service est un peu long et c'est chargé que nous attaquons
les 2 km de grimpée par lesquels débute le parcours de cet après-midi.
Malgré le repas, les glycémies sont en chute libre. Nous faisons
des pauses fréquentes. Nous serons en retard ce soir pour la réception
à l'Hôtel de Ville de Luxembourg à 17 heures. Ben tant pis,
c'est la panne ou le manque de peps. Enfin nous pédalons. Nous arrivons
dans la charmante ville de Luxembourg. L'accueil est exceptionnel, plus protocolaire
qu' à Sarrebruck mais tellement gentil. Sylvie Paquet, la coordinatrice
de l'Association Luxembourgeoise des Diabétiques, a fait de son mieux.
RTL est là pour interviewer les sportifs que nous sommes, d'autant plus
qu'un Luxembourgeois pédale maintenant avec nous. Il ne fera que deux étapes
mais c'est déjà bien. Bien qu' étant un petit pays, le Luxembourg
vient de créer une Maison du Diabète sur le modèle de celle
de Marcq en Baroeil, première en France. Nous passons une soirée
mémorable, invités par l'Association Luxembourgeoise et la nuit,
malgré quelques bruits de coupe de bois ou de tronçonneuse, nous
permet de récupérer.  L'arrivée
à Luxembourg
 Sur
les remparts de Luxembourg
Vendredi
(22/08) Luxembourg - Charleville Mézières (135 km) Les
jours avancent bien vite, les kilomètres un peu moins. Il fait déjà
très chaud sur les routes belges. Notre ami italien nous assure que c'est
pareil chez lui. Nous voulons bien le croire. Il fait beau, nous n'allons donc
pas nous plaindre. Le travail des motards est remarquable. Les hommes ont pour
charge de faire dévier les véhicules qui nous doublent ou ceux qui
nous croisent. Béatrice nous suit avec la trousse médicale, juste
au cas où, mais nous ne comptons pas avoir besoin d'elle. Aujourd'hui
nous avons du beau monde dans le peloton : le Président de la Somme et
de celui de Champagne-Ardennes. Les après-midi nous semblent plus durs.
Nous trouvons d'ailleurs que le parcours a plus de dénivelé, à
moins que cela soit à cause des repas copieux et un peu arrosés
est-ce la bière belge ? Cela ne nous empêche en aucun cas de faire
des hypos. Il nous fallait donc bien cela pour avoir la forme. Nous roulons
maintenant de nouveau en France. Paris s'approche. Notre ami luxembourgeois n'a
pas de chance : peu avant l'arrivée il casse son pédalier... Il
sera obligé de poursuivre jusqu'à l'étape en voiture. Sa
femme viendra le chercher le lendemain en voiture. Nous nous coucherons tôt,
peut-être, car demain c'est la plus longue étape.  Repas
belge pour nos trois étrangers
 Dans
les Ardennes
 Bob
et ces Dames
Samedi
(23/08) Charleville Mézières - Château Thierry (174 km) Comment
faire pour réveiller un diabétique avant 6h du matin ? Il suffit
de lui dire, premièrement qu'il a seulement un vélo à disposition
et deuxièmement que le repas du soir sera servi 160 kilomètres plus
loin... Assez simple, finalement. Après un bon petit-déjeuner,
nous enfourchons nos petites reines. Il est 6h30. Nous sommes en forme. Les 22
premiers kilomètres sont durs car nous sommes dans le brouillard. C'est
la sortie de Charleville-Mézières où il y a de méchantes
bosses et nos muscles sont encore froids. Nous savons que la municipalité
de Reims nous attend pour une verrée. Vous comprendrez que cela ne se refuse
pas. L'adjoint au maire pour la santé, nous connaît car nous étions
passés par cette agréable ville en 98 déjà. Il est
bien au courant de notre message et compte bien le faire passer dans la population.
Nous commençons donc par une petite coupe (Champagne, oblige) à
la Mairie de Reims. Notre ami Antonio est le plus sage : il préfère
le jus d'orange, craignant de ne plus avoir de guiboles pour continuer à
mouliner. Ensuite la police municipale nous emmène en ville pour une visite
guidée, en vélo bien sûr. Les motards officiels ont remplacé
les nôtres, et, pour un instant, nous pouvons tous faire un peu de tourisme.
Les voitures et les camions suivent derrière. Nous avons fière allure.
Nous sommes fatigués et ce soir il y aura
174 km au compteur, mais cela ne nous empêche de chanter avant le repas.
Quelle tonicité ! C'est bien du sucre qui coule dans les veines... Après
le repas dans une cafétéria nous reprenons la route, il est 14h30
et il nous reste encore une bonne soixantaine de kilomètres à parcourir.
Nous pédalons en cadence jusqu'au bout de nos forces. Le très dynamique
Président régional de l'AFD, Jean-Marie Poison, se joint à
nous. La campagne est belle. Il fait même chaud mais nous pédalons
dans une bonne ambiance. C'est bien cela l'essentiel et ce n'est pas le diabète
qui nous freine, bien au contraire, nous avons des ailes. Antonio a récupéré
de ses efforts de la veille. Bob fait toujours le gai-luron. Ah, ces étrangers
! Ils complètent à merveille notre peloton. Béa, notre samaritaine
motarde, profite de chaque arrêt pour piquer un roupillon. C'est toujours
cela de pris, dit-elle. Nous approchons de Château Thierry, les kilomètres
défilent, nous savons déjà que nous y sommes attendus. En
effet, nous avons droit à un accueil à la Mairie, et après
le discours, c'est un pot de l'amitié qui nous est servi. La radio et la
presse locale sont présentes. Un bravo spécial à toutes nos
dames, qui vont aussi fort que les autres. Les éloges fusent. Quel honneur,
certes, mais c'est d'abord pour faire parler du diabète que nous sillonnons
la France chaque année depuis 10 ans. La soirée se passe dans
un gymnase qui a été entièrement aménagé par
les bénévoles. Les douches municipales ont été spécialement
ouvertes et le repas cuisiné par les membres de l'association locale des
diabétiques est excellent. Nous ne traînons quand même pas
de trop car demain le réveil sonnera à 5h45 pour la dernière
étape de notre "Tour".  A
Reims, des souvenirs de bulles
 En
Champagne
Dimanche
(24/08) Château Thierry - Paris (115 + 15 km) C'est
déjà le dernier jour de cette folle virée. Nous partons de
très bonne heure pour ne pas être en retard à Paris car il
n'est pas question de faire attendre les gens du congrès dont le temps
est précieux. Il fait toujours aussi beau et Paul, qui pourtant prétendait
apprécier de rouler sous la pluie, reconnaît qu'il est bien agréable
de prendre les collations dans les champs, de ne pas compter sur les cafés
chauds préparés par l'intendance pour se réchauffer, ni de
se piquer sous un parapluie ou dans la neige
Le parcours de ce matin n'est
que peu vallonné. Nous sentons que nous approchons de la capitale. Cela
nous donne sans doute des ailes puisque nous arrivons à Claye-Souilly (Seine
et Marne) avec une demi-heure d'avance. Auprès de la gendarmerie, nous
nous installons pour le pique-nique. Des amis parisiens nous rejoignent pour terminer
la randonnée tous ensemble. Avant 13 heures 30 nous repartons de La Rosée
vers Aulnay-sous-Bois en empruntant la piste cyclable. Elle est certes bien jolie
le long du Canal de l'Ourcq mais elle est souvent étroite et comporte de
nombreux pièges. Aie, Voici notre Antonio qui se prend une roue entre les
rails d'un ancien chemin de fer. Le voilà par terre. Ce n'est pas grave,
heureusement mais il remportera en Italie un peu de terre francilienne. Plus loin
c'est le tandem qui dégringole. Ne serait-ce pas un peu de la fatigue accumulée
depuis 5 jours ? C'est vrai que nous n'avons pas beaucoup dormi, soit à
cause des ronfleurs ou bien par manque de temps
car chaque matin nous nous
sommes levés tôt. Nous passons par Bondy, Bobigny avant d'entrer
dans Paris au niveau des Moulins de Pantin. Nous faisons une courte pause sur
la Place de la Bataille de Stalingrad et repartons vers 15 heures en direction
de l'Etoile. Notre road book indique qu'il faille prendre les " Grands Boulevards
". Nous nous suivons en file indienne, les motards devant, derrière
ou à coté pour nous protéger. Nous sommes tranquilles profitant
de ce confort pour visiter Paris. Notre ami Bob est ravi. Pour lui, et pour les
autres, le chef de file fait semblant de se tromper de rues. Tiens un boulevard,
qui n'est pas sur le road-book, tant pis, suivons
Tiens, en face la Madeleine,
la Concorde. Mais bien sûr ce sont les Champs Elysées que nous allons
remonter incognito. Le rêve
Nous nous prenons pour les coureurs du
Tour de France. D'accord, nous n'allons pas à la même vitesse car
il y a les voitures. Mais c'est merveilleux. Des gendarmes nous ont quand même
repéré mais quand ils nous arrêtent nous sommes déjà
au sommet. Je ne sais pas ce qui leur est dit mais ils nous laissent filer. Nous
faisons deux fois le tour de l'Etoile, pour bien voir l'Arc de Triomphe et souligner
notre succès. Nous rejoignons ensuite nos amis marcheurs qui sont venus
nous accueillir. Quel spectacle !
  En
remontant les Champs Bob devant
l'Arc de triomphe
Les représentants
de l'AFD sont présents : Frédéric nous remet les t-shirts
pour que nous soyons tous habillés pareils, un bel ensemble blanc et Françoise-Marie
nous donne des badges qui serviront pour l'entrée dans le Palais des Congrès.
Les marcheurs racontent qu'ils ont retrouvé Geneviève au Louvre,
pique-niqué tranquillement sous les arbres dans le Jardin des Tuileries,
puis qu'ils ont remonté les Champs-Élysées avant de faire
un détour par les bords de Seine. Nous sommes maintenant une bonne centaine,
soit environ 50 cyclos, 40 marcheurs, 10 rollers plus une poussette. C'est Lulu
notre jeune mascotte de la journée qui porte fièrement une pompe
dans le dos.
 Le
Professeur Cathelineau, Gérard Raymond, Paul Guinet, Jean Mérel
et Daniel Huet
 Devant
le Palais des Congrès
Nous
descendons tous ensemble l'Avenue de la Grande Armée et sommes accueillis
fort chaleureusement à la Porte Maillot par le Président du Congrès,
le Professeur Gérard Cathelineau, la directrice de l'AFD, Madame Anne-Laure
Pham, le Président de l'AFD, Monsieur Jean Mérel, ainsi que son
prédécesseur, Monsieur Yves Tomme. Nous avons un peu de temps pour
souffler et prendre un verre avant d'assister à la cérémonie
d'ouverture du congrès. Qu'elle ne fut pas notre émotion quand deux
de nos chers cyclistes sont montés sur l'estrade à la demande du
Professeur Cathelineau ! A la fin de sa présentation tous les t-shirts
blancs se sont levés et ont été applaudis par un amphithéâtre
comble de 3600 personnes, un parterre de professionnels qui ovationne des patients
courageux. Le Président de l'IDF (Fédération Internationale
du diabète) est venu serrer quelques mains et discuter avec notre ami Bob.
Quel honneur ! Nous ne réalisons pas très bien. Il est pourtant
l'heure de dire au-revoir, le congrès est ouvert, nous avons rempli notre
contrat. Il nous reste 15 kilomètres à faire pour rejoindre Les
Grésillons où se trouve notre hôtel Formule 1. Nous pouvons
faire la fête jusqu'à 1 heure du matin car la 10ème randonnée
cycliste du diabète s'est bien déroulée. Nous avons parcouru
exactement 690 kilomètres.  Joelle
et Daniel encadrent le Professeur Cathelineau
 Le
Professeur Sir George Alberti, président de la Fédération
Internationale du diabète discute avec Bob.
Ce
périple fut aussi médiatique avec plus de 20 articles de presse,
des reportages de FR3, TV8, RTL et Europe 2 ; surprenant dans les Ardennes à
Tremblois les Carignan (près de Sedan - 1000 habitants) où pendant
l'arrêt ravitaillement, Monsieur le Maire est venu nous saluer ; historique
à Luxembourg grâce aux commentaires de Roger ; littéraire
à Charleville, patrie d'Arthur Rimbaud, à Château-Thierry
où est né Jean de La Fontaine et à Villeroy près de
Meaux où Charles Péguy fut tué. Jocelyne,
Béatrice, Jean-Pierre, Dédé et Bernard, nos motards, nous
sont ouvert la route et ont assuré notre sécurité. Suzanne,
Jacqueline, Nicole, Brigitte, Jacques, Denis et René ont, dans leurs véhicules
bariolés aux couleurs de nos sponsors - merci pour leur soutien financier-,
transporté nos bagages, le matériel de rechange et surtout les victuailles
car pédaler, ça donne de l'appétit. Bravo et encore merci
à eux sans qui notre randonnée n'aurait pas été possible. Et
après tout cela que dire des pédaleuses (au nombre de 6) et des
pédaleurs. Nous avons apprécié les présences de : -
Bob, notre facétieux et adulé triathlète diabétique
américain venu spécialement de Seattle sur la côte ouest des
USA pour découvrir l'Europe, la France et Paris en particulier. Il reviendra,
c'est sur ; - Antonio, notre discret mais sympathique italien ; - Lary,
notre jeune et puissant Luxembourgeois qui a dû nous quitter après
avoir brisé son pédalier. - nombreux cyclos locaux (Strasbourg,
Forbach, Charleville, Reims-Bézannes, Ile de France,
) venus nous
ouvrir le chemin ; Dommage que les 25 cyclistes diabétiques Ukrainiens
partis de Kiev aient dû rebrousser chemin en Pologne faute de visas.
 Béa
se dégourdit les bras dans les rues de Paris
Enfin,
que d'images gravées dans nos mémoires - les yeux de la plupart
d'entres nous étaient " allumés pleins phares " et nos
têtes " montées sur pivot " lors de cette double apothéose
parisienne: - une traversée de Paris en peloton groupé par l'Opéra,
l'Olympia, la Place de la Concorde, les Champs Elysées comme les "
Grands " - l'Arc de Triomphe (dont nous avons fait deux fois le tour
pour mieux l'apprécier) - puis tous vêtus de notre T-shirt distinctif
blanc aux couleurs de l'IDF et de l'AFD, nous avons été chaleureusement
accueillis sur le parvis du Palais de la Porte Maillot - enfin le Professeur
Sir George Alberti, président de la Fédération Internationale
du diabète (IDF) qui est venu discuter en toute simplicité.
Au
fait nous avons eu quelques crevaisons, des chutes, des hypos et des hypers mais
rien de bien grave. Nous réaffirmons donc :
A
DIABETIQUES RIEN D'IMPOSSIBLE!
|